Les dernieres chroniques de Yves
LES CHRONIQUES DE YVES
ANTHOLOGIE DE LA COURSE PAR CHOIX
À peine 12 % des coureurs le font par choix. Entendons par là, les coureurs qu’aucune autre raison, motivation, impulsion voire étincelle, ne pousse à courir que la course en soi. A l’instar de Jack Daniels (entraîneur chevronné et auteur de plusieurs livres qui font autorité dans le domaine), il est rare de se trouver en présence de quelqu’un pour qui la motivation première de courir est de devenir bon coureur.
Les poètes nous habitent par le florilège des écrits triés sur le volet. Les coureurs véritables touchent notre âme par la beauté de leur geste élégant, répété avec grâce et beauté. Il suffit de se trouver sur le parcours d’un marathon, même d’une course régionale le moindrement bien réglée pour ressentir l’énergie, la puissance et l’accomplissement des coureurs qui n’ont de but que la ligne d’arrivée au plus cours chrono possible.
APPROCHE ALIMENTAIRE
On dit parfois d’un travail qui ne nous satisfait pas vraiment, mais qui nous fournit le nécessaire qu’il est alimentaire.
Mon approche à la bouffe tient à peu près de la même grappe. Je mange parfois par goût, souvent par appétit, la plupart du temps par plaisir, mais très rarement par méthode, par argument. Manger pour moi est une fonction en soi. Il me tarde de me lever le matin parce que l’appétit taquine mon demi-sommeil et mon ventre. D’instinct, je laisse le temps aux organes d’arriver à leur plein réveil, pour que je puisse jouir à fond de mon petit déjeuner simple et rassasiant. Il me dira à coup sûr quel genre de journée m’attend. Sera-ce une journée pétillante ou brouillonne? Vais-je abattre allègrement les tâches les moins tentantes, mais que je ne cesse de remettre sans raison valable, mon déjeuner souvent donne la réponse.
Il reste que ce geste simple et essentiel s’est raffiné et embrouillé du même coup. Manger est devenu affaire de philosophie, de culture et de gros sous. Tellement que son accomplissement quotidien devient source de stress plus que de délectation. Quand ce ne sont pas les gourous d’une approche holistique qui nous implore à une diète macrobiotique, ce sont les bonzes du marketing qui nous promettent mer et monde, le plus souvent une taille de guêpe avec quoi, une pilule, quoi un régime miracle, quoi un programme fabuleux où nous perdrons dix kilos en criant ciseaux.
Même en athlétisme, manger est scruté à la loupe. Il faut croire que c’est le fruit de l’évolution. On ne mange pas n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand. La diététique de la performance dicte l’assiette du champion. On peut comprendre l’importance d’une saine alimentation et les dangers d’abus de toutes sortes dans un régime de monsieur madame tout le monde. La science alimentaire, parce que la diététique s’est hissée à ce niveau, guide nos choix et comportements dans une toile de données si complexe qu’une chatte y perdrait son chat.
COURIR L’HIVER
Curieux, tout de même que le temps des résolutions tombe à un moment si complexe pour les amateurs de course à pied. Peut-être est-ce l’avant-goût des défis qui nous guettent dans l’année qui vient. Il reste que la course en hiver, aussi agréable soit-elle, exige un minimum de préparation et de précautions.
Après avoir vaincu les démons qui nous adjurent de rester en dedans bien au chaud, cette chaleur toujours invitante, il nous faut vraiment nous convaincre que tous ces efforts en valent vraiment la peine. Et c’est là la raison première de ce billet.
Nous sommes au nord et mieux vaut se faire un allier du frimas, du blanc, du silence et des longues nuits. Heureusement, j’ai trouvé quelques trucs que je m’empresse de vous partager.
D’abord, prendre la décision ferme d’aller courir. Ensuite, vérifier les conditions extérieures, c’est-à-dire, température, vent, neige, et cetera. Ensuite, s’habiller en conséquence et finalement, ouvrir la porte et y aller.
Maintenant, quelques petites recettes immanquables concernant l’habillement. Il va sans dire qu’il est impératif de bien choisir sa tenue, pour faire de cette sortie un plaisir à renouveler. On a tous entendu parler du principe des pelures d’oignon, mais regardons-y de plus près. Il s’agit d’avoir une couche de vêtement mince qui colle au corps pour absorber la sueur. Les tissus synthétiques sont ici à privilégier, car ils sont souvent conçus pour laisser passer l’air tout en absorbant la sueur. Nous mettrons une deuxième couche plus ou moins épaisse selon la température, celle-ci pour garder notre chaleur. Finalement, un coupe-vent protecteur contre le vent viendra compléter notre tenue pour le corps. Évidemment si le froid est saisissant, nous pouvons ajouter une troisième couche intermédiaire, afin de garder une température corporelle adéquate.
LA COURSE POUR ÊTRE À L’ABRI
Pendant des années mon coeur a balancé entre vélo et course, à pied s’entend. Même aujourd’hui, même si mes engagements et mon temps lui sont dévolus, la course ne couvre pas toutes mes aspirations d’homme d’action.D’autres raisons m’ont fait pencher pour rester dans le giron des enjambées sur route, sur terre ou sur gazon, entre autres l’économie de temps, la simplicité et à ne pas négliger son universalité. J’en suis même arrivé à me convaincre qu’il s’agissait de l’activité fondamentale, celle qui a permis à nos ancêtres de traverser les territoires, de semer les ennemis et de durer au fil des ères.
Pourtant, j’ai toujours adoré le vélo. Cette griserie qu’apporte la vitesse, cette certitude qu’on peut aller loin, cet effort pour grimper et vaincre un col, ou s’arracher à un peloton.
Enfin, le vélo nous offre tellement qu’il serait injuste de le dénigrer au profit de la course à pied. Je lui en ai voulu cependant ces dernières années. Pas à lui directement, mais aux propos qu’il ralliait. Ne court pas, c’est pas bon pour les genoux, tu frappes le sol avec quatre fois ton poids à chaque foulée, alors qu’en vélo il n’y a aucun choc. On sait tous instinctivement qu’il y a moyen de se blesser dans n’importe quel sport et que ce ne doit pas être une raison pour s’empêcher de le pratiquer. Dans le cas de la course, l’attaque a été si virulente dans les années 80, en partie par ignorance, en partie aussi à cause de nouvelles activités plus grisantes, telles le patin à roues alignées, la planche à roulettes et le vélo de montagne qui gagnaient la faveur des jeunes au début et des plus vieux par la suite.
Tant et si bien que courir non seulement devenait moins populaire, plutôt ringard, pire, on risquait sa santé à vouloir s’y adonner. Mais avec le temps, le bon sens a pris le dessus, enfin y ais-je cru, les gens se sont informés, ont pris les moyens de prévenir les problèmes occurrents, i.e. les chaussures, les allures, les progressions, et cetera. Enfin, on a pu ces dernières années observer une recrudescence des adeptes de la course à pied.
On entend de moins en moins des, ha moi je ne peux pas courir, j’ai trop mal aux genoux, ou mon dos me fait souffrir, j’ai eu une entorse à la cheville il y a vingt ans. On pense plutôt, si j’ai un problème, une douleur, un malaise, je devrais consulter pour qu’on m’aide à le corriger au plus tôt, pour que je puisse battre le macadam à qui mieux mieux.
Même les spécialistes des maladies, je parle ici des médecins, se font de plus en plus les apôtres de la santé et de l’activité physique. Alors, tout semble s’imbriquer pour accroître le nombre de coureurs sur toutes les surfaces où l’on pose pied. La course demeure tout de même un choix périphérique dans la ronde des sports spectacles, tels le hockey, football, basketball, pour ne nommer que ceux-là. Mais les comparer n’est pas le but de mon propos. Ce à quoi je veux arriver, c’est de parler de la facilité avec laquelle on s’en méfie et du peu de credit qu’on lui accorde sur les bienfaits vs les risques inherent à sa pratique.Dimanche dernier, au marathon de Détroit, trios hommes sont morts en l’espace de 16 minutes. Deux au marathon, après avoir parcouru environ dix-neuf (19) kms, et l’autre après avoir terminé le demi-marathon en 1:53:00. La nouvelle a provoqué une onde de choc dont n’avait surtout pas besoin le monde de la course à pied.
Depuis le nouvel engouement pour les marathons, plusieurs études se sont faites sur les tenants et aboutissants de ces épreuves et de leurs participants. On a entre autres, comptabilisé le nombre de décès lors de ces épreuves et de ces statistiques sont sorties des probabilités. Il y aurait 0.8 mort/100,000 marathoniens. Quel est l’apport, disons plutôt le risqué de mourir en courant, c’est très difficile à calculer. Une chose est certaine cependant, on risqué plus d’avoir des problèmes de santé, voire de mettre sa vie en péril si on ne bouge pas que si on bouge.
Alors, courons oui, à la fois informés et à l’affut des signes que notre corps nous donne. Je suis absolument convaincu qu’on peut pratiquer la course jusqu’à un âge avancé en respectant le gros bon sens et notre instinct.
Une autopsie doit être pratiquée sur le corps des hommes morts à Détroit. Les informations qui vont en ressortir pourront servir à mieux comprendre ce qui leur est arrivé et nous éclairer un peu plus sur l’incidence que le marathon comme tel, aura eu sur leur décès. On ne pourra jamais totalement éliminer les risques de la conduite de quelque activité que ce soit, mais mieux on sera informés et mieux on pourra en profiter.
DE L’UTILITÉ DES SOUVENIRS
Le souvenir ravive souvent une sensation du présent.
Mon mardi s’est avéré un peu spécial. J’avais en tête de faire une pyramide, i.e. progression et régression dans les distances, en maintenant un rythme élevé. Seulement il y avait aussi un tournoi de badminton organisé par mon nouveau groupe APADOR.
Il me faut bien sûr établir mes priorités dans un tel cas. La course passe loin devant, malgré tout l’aspect ludique et stimulant que m’offre le badminton. Pour bien situer le contexte, il me faut préciser que le tournoi débute à 9 :00h et que mon entraînement lui, se déroule vers 8 :00h. Il me serait facile, voire tentant d’y aller côté tiède quant à la vitesse de mes tours, sur la belle piste du Centre Claude Robillard. Comme ça je ferais d’une pierre deux coups et ne compromettrais en rien ma performance au dit tournois. Par contre, c’est ma conscience qui souffrirait, car j’accorde beaucoup plus d’importance à ma capacité de courir mes tours à bonne vitesse qu’à vouloir gagner dans le tournoi.
Cette question étant réglée dans ma tête, je commence mes répétitions. Premier tour facile en 55 sec., ce qui est de bon augure pour le crescendo à venir. La récup. dans un bon jogging me met dans une sensation près de l’allégresse. Mais le plus dur est à venir. Il me faut maintenir cette vitesse pour deux, puis trois, puis quatre tours, avant de régresser jusqu’à un tour. Vais-je tenir? C’est alors qu’en regardant la foule, mes souvenirs refont surface et viennent me porter secours dans les minutes qui m’attendent. Pourquoi les souvenirs de mon décathlon d’il y a quinze ans surgissent-ils subitement? Je crois que certaines images se doublent dans ma tête. Entre autres, ces gens autour de la piste qui vaquent à leurs propres occupations, sont les mêmes qu’à ce jour mémorable où chaque personne que je voyais dans le gymnase me donnait confiance et quiétude. C’est comme si je tirais d’eux l’énergie nécessaire pour accomplir mes actions. A l’époque, c’était une compétition amicale, entre professeurs d’Édu. Phy. Pour déterminer qui était dans la meilleure forme. Dix épreuves au programme, avec charte de pointage, juges et règlements, donc assez sérieux comme programme somme toute.
On en était à l’épreuve ultime et il me fallait absolument remporter l’épreuve du saut en hauteur pour ravir le titre. Étant petit et piètre technicien dans cette discipline des plus complexes, je restais dubitatif sur mes chances de victoire. Pourtant, j’allais tout donner et accepter le résultat, dans la dignité d’un vrai concurrent. Cette attitude m’a donc mis dans un état de détente. Tout à coup, surprise, tout me réussi. A chaque saut je me sens bien. Ma technique n’est pas très bonne, mais mon impulsion compense amplement mes manques. Je suis dans un état second. Tout contribue à mon succès et succès arrive.
Je reviens sur la piste, rendu à la plus grande distance, je valse entre associé et dissocié dans ma tête. Il me faut rester concentré, alors je décide d’être à l’affût de toutes mes sensations pour garder toute ma concentration et finalement, ça fonctionne. La dernière partie de la pyramide se déroule donc avec une certaine aisance, malgré la fatigue accumulée.
Pour ce qui est du tournoi, il faut croire que mes souvenirs m’ont encore servis, car un après l’autre, chacun des matchs s’est soldé par une victoire.
C’est quand même drôle, comme on peut vivre un présent construit par des souvenirs.

